Travailler mieux pour gagner mieux

Avec un tel titre, il faudrait que j'écrive un livre plutôt qu'un article pour prendre le temps de disserter sur ce qu'est le travail et que ce signifie « gagner ». L'argent n'est pas notre seule récompense, qu'importe qu'on tente de nous faire gober le contraire. Selon moi l'objectif de la vie est d'être heureux, et longtemps. Cela nécessite de prendre soin de son corps et de son esprit, indissociables. Pour bien s'occuper de soi, il faut travailler mieux; les bénéfices sont énormes.

Un meilleur gain

A quoi nous sert l'argent que nous gagnons ? Initialement, nos revenus nous permettaient de nous nourrir et de nous loger. Notre budget habillage était mince car nos vêtements étaient confectionnés dans des matériaux solides, et il n'était pas rare qu'une chemise, par exemple, serve à plusieurs générations au sein de la même famille. Il y avait d'ailleurs une certaine fierté à enfiler la chemise de son père ou la robe de sa mère. Cela signifiait : « je suis digne ». Puis on a inventé la mode qui permet de « ringardiser » donc de rendre nécessaire le remplacement d'une garde-robe en moins de temps qu'il ne faut pour générer des profits monstres. Peu importe que ces vêtements soient désormais conçus dans des matériaux peu résistants : ils n'ont pas pour vocation d'être durables. S'il vous prenait l'envie d'arrêter d'en consommer de nouveaux, vous vous retrouveriez nus en quelques semaines. Que cette industrie contribue à une pollution majeure de l'environnement dans sa conception, sa fabrication, son marketing, sa vente, et même son recyclage est un détail volontairement écrasé sous le talon.
Cette digression sur le textile ne m'éloigne pas de mon sujet : gagner mieux ne serait-il pas d'arrêter de détruire notre planète, de ne pas laisser un champ de ruines radioactives à nos enfants en guise de lieu de vie, et au lieu de ça leur laisser un air respirable et des océans remplis d'autres choses que de résidus pétroliers ? Existe-t-il des alternatives ? Productions locales, recyclage, filières qualités. Votre gain ? Un environnement sain pour une meilleure santé ; une cohérence de l'esprit ; un sentiment de responsabilité apaisé par rapport à vos enfants ou ceux des autres. Pour tout le reste, il y a mastercard, avec modération, car toute consommation est pollution.

Un meilleur travail

Pour comprendre la philosophie de ce que peut être un meilleur travail, je vous encourage d'ouvrir votre esprit à la discipline qui a permis à l'espère humaine de sortir du stade animal et de s'intéresser à l'art, aux sciences, et à la paix : l'agriculture. Je ne vous invite pas à devenir agriculteur, simplement à acquérir un minimum de connaissances dans ce domaine, si représentatif du travail. Car le travail de la terre, s'il est vivifiant, gratifiant et indispensable, est très pénible. Aujourd'hui, l'agriculture « moderne » (je mets des guillemets car pour moi la vraie modernité est celle qui apporte un mieux-être à l'humain) utilise toute sorte de produits polluants, hautement toxiques, pour pouvoir produire des aliments souvent sans goût, pauvres en nutriments, et parfois nocifs. Je vous encourage à lire « la révolution d'un seul grain de paille » de Masanoku Fukuoka, qui est un livre qui dépasse de très loin le cadre agricole, et qui pourra vous servir à infléchir votre philosophie de vie. Ce savant-paysan a compris que c'est en luttant contre la nature qu'on la détruit assurément. Il a donc pris le parti de ne pas « forcer la main » aux éléments naturels et qu'une consommation de produits chimiques (et même d'hydrocarbures, poussant à son paroxysme la notion de consommation locale), aussi petite soit-elle, est forcément la preuve que notre travail est de mauvaise qualité. Dans sa ferme, cet homme ne laboure pas, désherbe très peu, arrose très peu, travaille donc globalement moins que ses collègues, et il obtient des rendements supérieurs aux fermes situées dans un voisinage immédiat qui bénéficient pourtant des mêmes conditions climatiques. De quoi se poser quelques questions, non ? Au moins de questionner le fameux "travailler plus pour gagner plus" cher aux productivistes inconscients.

Et le développement personnel dans tout ça ?

Si je peux donner l'impression de m'égarer et sortir de mon cadre en vous parlant de mode et d'agriculture, ce n'est pas pour tenter de me substituer à Modes&Travaux ou à Rustica. C'est parce que ce qui est vrai dans un domaine de la vie est bien souvent transposable aux autres. Comment donc ces observations sur l'agro-écologie et les confections textiles peuvent trouver un écho dans votre quête du bonheur, du bien-être, ou du mieux-être ? N'écoutez pas les modes. Ne croyez jamais qu'une seule voie existe, et qu'elle s'appliquerait de la même façon partout, à tout le monde, quelles que soient les circonstances, le vécu, l'environnement. Cela n'existe pas qu'il n'y ait qu'une seule solution à un problème. Si on vous présente une solution comme étant la seule, c'est qu'on a peur que vous alliez voir ailleurs et que vous découvriez le pot-aux-roses, c'est-à-dire que cette solution miracle soit en réalité mauvaise.
Le message le plus important que nous enseigne l'agriculture dite « sauvage », c'est qu'il ne sert à rien de lutter contre votre nature. Elle est là. Accompagnez-la. Enrichissez-la. Et c'est seulement ainsi que vous parviendrez à atteindre vos objectifs dans le respect de vous-même et de manière durable. Car toute l'énergie que vous utiliseriez à combattre votre nature, vous ne pourriez pas la reporter sur l'avancée vers vos objectifs. Vous êtes unique. N'appliquez pas les recette des autres pour être heureux.