HEU-REUX ! et vous ?
« Choqués !»
« Choqués !»

Notre société est atteinte d'un mal assez étrange : le chocage. Tout le monde (enfin, presque) est choqué. Non pas par ce que ses amis disent, non. Par ce que ses ennemis disent, évidemment, ou parfois même, pensent. Car l'être humain est soudainement devenu capable de lire dans les pensées. En plus d'être perpétuellement choqué.

Liberté d'expression

Cette attitude est un déni de liberté d'expression. Alors que tout le monde ou presque est prêt à manifester pour protéger la liberté d'expression, on est choqué par tout et n'importe quoi. Car signifier haut et fort qu'on est heurté par une parole implique qu'on aurait préféré qu'elle ne soit pas prononcée. Voire qu'il faudrait interdire ce genre de propos. En janvier 2015, tout le monde (là encore : ou presque) est pour la liberté d'expression mais quand on passe de la théorie à la pratique, il y a visiblement un peu moins de volontaires. J'ai déjà donné mon opinion sur la liberté d'expression sur ce blog, et je n'en démords pas. Mais certains ont une vision très élastique de ce concept : liberté d'expression pour ceux qui expriment des idées très proches des miennes ; pas pour les autres. Car ce sont les autres sont choquants ! C'est tout de même bien pratique d'être à la fois juge et partie.

Un rôle trop bien récité

Le problème est que ces chocages (ne cherchez pas, ce n'est pas français) à répétition sonnent bien faux. En effet, le plus souvent ils ne sont pas provoqués par ce que les gens disent, mais par ceux qui ont prononcé les paroles soit-disant choquantes. La preuve en est que si un ami prononce les mêmes paroles, elles ne deviennent d'un seul coup plus choquantes. « C'est le jeu ma pauvre Lucette » me direz-vous, mais cela pose deux problèmes :
1. Je ne m'appelle pas Lucette
2. Il y a un problème d'écoute dans cette histoire : normalement, peu importe qui prononce des paroles, elles sont ce qu'elles sont, point barre. Si c'est acceptable sortant de la bouche de Monsieur X, ça devrait le rester quand ça sort de la bouche de Madame Y. Si une caricature est acceptable quand elle est publiée par le journal A, elle le reste quand elle est publiée par le journal B. Et vice-versa, ce qui est rarement le cas.

Les paroles et les actes

C'est sans compter sur les capacités grandioses de nos acteurs médiatiques. S'ils sont choqués, ce n'est pas par orientation politique, ni par œillères omniprésentes, non ; s'ils sont choqués, c'est parce qu'ils lisent dans les pensées de leurs opposants politiques, et c'est ce qu'ils y lisent qui les choquent. Et s'ils hurlent au scandale, c'est pour prévenir les pauvres petites populations que nous sommes, nous qui n'avons pas cette capacité extra-lucide, ce qu'il est acceptable d'accepter et ce qui n'est pas acceptable. Pas dans un soucis de manipulation, mais par bienveillance, bien entendu.
Comprenez bien que pour le coach que je suis, bien plus attaché aux actes qu'aux paroles, tout ce triste cirque ne m'emballe pas. Au moins m'incite-t-il à ne pas tomber dans les mêmes travers. Ce serait choquant.

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